Il y a des silences qui tuent. Et il y a des voix qui, même tremblantes, même étouffées, refusent de se taire.
Nous sommes les fondatrices de Ghazel, une marque que nous avons créée à deux sœurs d’origine marocaine. Ghazel, c’est bien plus qu’un projet textile : c’est une manière de résister, de raconter, de se souvenir et d’aimer. Notre univers est ancré dans nos racines, dans notre histoire collective, et dans les luttes qui nous traversent : pour la dignité, pour la justice, pour la mémoire. Et parmi elles, il y a celle de la Palestine. Depuis notre création, elle fait partie de notre colonne vertébrale.
Une tragédie coloniale qui dure depuis 1948
Le 15 mai prochain marquera 77 ans de la Nakba, la « catastrophe » en arabe, c’est-à-dire le début du nettoyage ethnique systématique de la Palestine. En 1948, plus de 750 000 Palestinien·nes ont été expulsé·es de leurs terres, plus de 500 villages détruits, rayés de la carte. Depuis, l’histoire se répète dans le sang, l’exil, la dépossession.
Aujourd’hui encore, la Palestine vit sous occupation, sous apartheid, sous bombardements. Gaza est privé d’eau potable, d’électricité, de soins médicaux. Des hôpitaux, des écoles, des lieux de vie sont régulièrement pris pour cibles. Ce que nous vivons actuellement est un génocide, un crime contre l’humanité diffusé en direct, chaque jour, chaque heure.
Et pendant ce temps-là, certains gouvernements, certaines élites, osent parler de "reconstruction" en imaginant faire de Gaza la "Riviera du Moyen-Orient", un projet colonial de plus, où le sable des plages cacherait le sang des enfants.
Notre militantisme ne se résume pas à un post
Chez Ghazel, on ne surfe pas sur les buzz. On ne s’indigne pas selon l’algorithme. Notre engagement pour la Palestine ne date pas d’octobre 2023. Il est inscrit dans l’ADN de notre marque, dans chaque tissu, chaque broderie, chaque mot.
À travers nos créations, nous avons tenté, humblement mais sincèrement, de faire vivre cette mémoire et cette résistance. Nous avons pu récolter des fonds (plus de 3500€ en 2024) pour plusieurs cagnottes et associations, grâce à vous, grâce à vos commandes. Cet argent a aussi permis de financer des ateliers de tatreez – la broderie palestinienne, art ancestral de transmission et de résistance – dont les bénéfices sont reversés à des œuvres caritatives.
C’est ça, notre manière de lutter : artistiquement, collectivement, décolonialement.
L’art comme arme
Nous croyons en une décolonisation par l’expression artistique. Créer, pour nous, c’est refuser l’effacement. C’est poser des couleurs sur des cicatrices, c’est dire à nos enfants : vous avez une histoire, une culture, une dignité qu’on ne pourra jamais vous voler.
On pense à toutes ces voix qui nous inspirent : Emily Jacir, Rafeef Ziadah, Taqi Spateen, et tant d’autres artistes, écrivain·es et poète·s qui portent la Palestine sur leurs épaules et dans leur œuvre. Grâce à eux, la mémoire continue de respirer.
Féministes, antiracistes, anti-islamophobes, et fières
Notre marque est aussi le fruit d’un féminisme racisé, décolonial, ancré dans nos réalités. Celui qui lutte contre les violences systémiques, contre les injonctions, contre les oppressions croisées. Celui qui refuse de choisir entre nos causes : la justice pour la Palestine est féministe. Elle est antiraciste. Elle est anticoloniale.
Dans un contexte français de plus en plus sioniste, islamophobe et autoritaire, il est vital de créer des espaces d’expression où nos identités, nos luttes, nos mémoires ont le droit d’exister pleinement. Ghazel est l’un de ces espaces. Et tant pis si ça dérange.
On continuera de créer comme on milite : avec sincérité, avec force, sans compromis.
Pour que la Palestine vive, dans nos cœurs, dans nos fils, dans nos couleurs.